Les morceaux, les artistes et les catalogues sont de plus en plus envisagés comme des ressources durables, capables de générer de la valeur sur le long terme, plutôt que comme de simples moments culturels passagers. Dans ce contexte, la capacité à s’inscrire dans la durée compte autant que l’exposition immédiate. Cette transformation est le fruit d’un mouvement lent, mais l’année 2025 en a clairement dessiné les contours.
Les morceaux qui ont structuré l’année
En 2025, les grands succès mondiaux ont formé un socle commun, présent sur les plateformes d’écoute, à la radio et sur les réseaux de vidéos. Plutôt que de se remplacer rapidement, ces titres ont installé un paysage musical partagé, qui a traversé l’année dans sa continuité.
Parmi les morceaux les plus écoutés à l’échelle mondiale :
- Die With A Smile – Lady Gaga & Bruno Mars
- Golden – HUNTR/X, EJAE, Audrey Nuna & REI AMI
- Ordinary – Alex Warren
- APT. – ROSÉ & Bruno Mars
- BIRDS OF A FEATHER – Billie Eilish
- DtMF – Bad Bunny
- luther – Kendrick Lamar & SZA
- Beautiful Things – Benson Boone
- back to friends – sombr
- That’s So True – Gracie Abrams
Ces titres sont restés fortement diffusés tout au long de l’année, portés par une présence régulière dans les listes de lecture, des mécanismes de recommandation efficaces et une écoute répétée. Leur succès repose moins sur un effet de nouveauté que sur leur intégration dans les usages quotidiens, leur permettant d’accumuler de la valeur dans un modèle d’écoute désormais bien installé.
Une nouvelle manière d’être une star
Les artistes à l’origine de ces succès illustrent l’évolution du vedettariat musical à l’ère des plateformes. Sabrina Carpenter et Billie Eilish ont construit des carrières où chaque nouvelle sortie renforce un ensemble cohérent déjà existant. Taylor Swift demeure un point central de l’industrie : ses nouvelles œuvres comme son répertoire plus ancien continuent de susciter une écoute constante.
The Weeknd et Bruno Mars bénéficient eux aussi de catalogues solides, tandis que le parcours de Benson Boone montre qu’un titre précisément positionné peut encore s’imposer rapidement à l’échelle internationale.
Pris ensemble, ces exemples dessinent un modèle où la réussite s’accumule : chaque projet vient enrichir une trajectoire globale plutôt que de fonctionner isolément.
Les États-Unis : un marché stabilisé
Aux États-Unis, l’écoute audio en ligne a progressé d’environ 2,6 % en 2025, signe d’un marché déjà largement équipé et fidèle. Les grandes sorties continuent d’y concentrer l’attention et les revenus, comme l’a montré The Life of a Showgirlde Taylor Swift, avec plus de quatre millions d’unités équivalentes albums dès sa première semaine.
En dehors de ces temps forts, la croissance repose sur l’augmentation continue des abonnements payants et sur la solidité des catalogues existants.
Les évolutions par genre ont également compté : le rock a regagné du terrain, les musiques chrétiennes et gospel ont élargi leur public, tandis que les répertoires latins ont renforcé leur base d’auditeurs payants, contribuant à un ensemble plus diversifié.
La France et la force du catalogue
Le marché français offre en 2025 un exemple particulièrement lisible de cette logique de durée. Les œuvres francophones dominent largement l’écoute, portées par des artistes dont les morceaux s’installent progressivement sur le long terme.
Parmi les titres marquants de l’année :
- CIEL – GIMS
- NINAO – GIMS
- PARISIENNE – GIMS & La Mano 1.9
- SOIS PAS TIMIDE – GIMS
- Soleil Bleu – Bleu Soleil & LUIZA
- CARTIER SANTOS – SDM
- Melrose Place – KeBlack & Guy2Bezbar
- KYKY2BONDY – Hamza
- SPIDER – GIMS & DYSTINCT
- Mood – KeBlack
Plusieurs de ces morceaux ont dépassé les 80 à 120 millions d’écoutes grâce à une présence régulière plutôt qu’à des envolées ponctuelles. Les titres plus anciens continuent eux aussi d’être écoutés aux côtés des nouveautés, confirmant le rôle central du catalogue comme pilier de stabilité pour les ayants droit.
Quand les plateformes influencent le format des morceaux
Les succès de 2025 partagent des caractéristiques directement liées aux modes de diffusion actuels. Des tempos modérés, une arrivée rapide de la voix et des refrains immédiatement identifiables favorisent l’attention dès les premières secondes, un élément déterminant pour la mise en avant automatisée.
Des productions claires et des voix bien détachées permettent aussi aux morceaux de circuler efficacement sur téléphone, en liste de lecture ou en vidéo courte, prolongeant leur durée de vie dans l’écosystème numérique.
Ces choix renforcent la capacité d’un titre à s’installer durablement et à conserver sa pertinence au fil du temps.
La musique comme œuvre à usages multiples
En 2025, la musique est pleinement intégrée au cinéma, aux séries, aux jeux vidéo et aux réseaux sociaux. Ces utilisations croisées créent de nouvelles sources de revenus et d’exposition. Lorsqu’un placement fonctionne, il entraîne souvent une hausse durable de l’écoute, plutôt qu’un simple effet passager.
Les droits musicaux s’affirment ainsi comme des œuvres exploitables sur de nombreux supports, où chaque usage nourrit les autres sur la durée.
En conclusion
L’industrie musicale évolue désormais dans un cadre plus exigeant, où une quantité massive de nouvelles sorties se partage une attention limitée. Avec plus de 100 000 morceaux publiés chaque jour, ceux qui s’imposent sont généralement pensés pour durer, circuler et être réécoutés.
Près de 224 millions de titres ont terminé l’année avec moins de 1 000 écoutes, tandis qu’une fraction très restreinte, au sommet, capte l’essentiel des volumes d’écoute. Le système récompense la durée, mais seulement pour ceux qui parviennent à émerger.

En 2025, la valeur se concentre clairement sur les catalogues capables de traverser les formats, les territoires et les périodes culturelles.
Cette année marque l’installation d’un nouvel équilibre : un monde musical où la création et l’économie se rejoignent autour de la durée, de la cohérence et d’une relation continue avec le public. C’est précisément là que se situe l’action de Bolero : identifier les rares actifs qui émergent au sommet de la pyramide et les rendre accessibles à ceux qui recherchent une valeur durable.










