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Music in the Air 2026 : 10 enseignements clés sur les droits musicaux

Pendant dix ans, le streaming a conquis des abonnés. Pour les 10 ans de son rapport Music in the Air, Goldman Sachs annonce la décennie suivante : celle du prix. L'équipe Bolero en décrypte 10 enseignements pour les détenteurs de droits musicaux, avec les commentaires de William Bailey (CEO).
October 28, 2026
28October2026
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5 min de lecture
Visuel Team Review : Music in the Air 2026 by Goldman Sachs Research, avec le logo Bolero

Pour commencer

Le dernier rapport Music in the Air de Goldman Sachs Research, publié le 15 octobre 2026, célèbre les 10 ans de l'étude. Pendant une décennie, le rapport a mesuré la conquête d'abonnés, de spectateurs et de régions. Cette édition regarde ce que rapporte chaque écoute, et à qui. Sa conclusion est une bonne nouvelle pour les détenteurs de droits : la musique apprend à se faire payer à sa valeur.

Goldman Sachs projette un marché mondial de la musique (enregistrement, édition et live, en valeur de détail) qui passerait de 112,5 milliards de dollars en 2025 à 198,1 milliards en 2035, soit 5,8 % de croissance par an. Et pour la première fois depuis 2022, la banque relève ses estimations pour la musique enregistrée.

L’équipe Bolero en synthétise les 10 enseignements clés, avec les commentaires de William Bailey (CEO).

1. Le prix devient le premier moteur du streaming

Spotify n'est pas le seul à augmenter ses prix. Apple Music, lancé à 9,99 $ en 2015, coûte 11,99 $ depuis juillet 2026. Et la musique reste bon marché : l'offre Standard de Netflix, passée de 7,99 $ à 18,99 $ depuis 2010, coûte près d'une fois et demie un abonnement Spotify.

Ces hausses n'ont pas fait fuir les abonnés. Spotify en comptait 290 millions fin 2025, et Goldman Sachs s'attend désormais à une hausse de prix tous les 12 à 24 mois chez les grandes plateformes. La marge existe : aux États-Unis, 53 % de la population paie un abonnement musical, contre environ 60 % pour le jeu vidéo et 90 % des foyers pour la vidéo à la demande.

Les contrats entre labels et plateformes poussent dans le même sens. Chez Universal Music Group, une plateforme paie le plus élevé de trois montants : un pourcentage de son chiffre d'affaires, un minimum par abonné et un minimum garanti. Autrement dit, une plateforme qui brade ses abonnements paie quand même le plancher. Elle a donc tout intérêt à augmenter ses prix plutôt qu'à les baisser.

Résultat : Goldman Sachs prévoit que les revenus du streaming par abonnement doublent presque d'ici 2035, de 17 à 33 milliards de dollars, avec 1 525 millions d'abonnés payants contre 837 millions aujourd'hui. Convertir l'écoute gratuite reste l'autre levier : chez Spotify, un abonné Premium rapporte environ 14 fois plus qu'un utilisateur gratuit.

La banque fixe toutefois une limite. Autour de 20 $ par mois, le risque de résiliation augmente nettement. Et au niveau mondial, le revenu moyen par abonné progresserait peu (+0,6 % par an), car la croissance viendra aussi des offres famille et des marchés moins chers.

"Pendant dix ans, le streaming a cherché des abonnés. La décennie qui vient sera celle du prix. Pour un détenteur de droits, c'est un revenu récurrent qui se revalorise sans qu'il faille investir davantage dans l’exploitation des oeuvres." - William Bailey, CEO

Pour comprendre comment cette enveloppe est répartie entre les titres, voir notre article sur les modèles de répartition du streaming.

2. La musique enregistrée a fait mieux que prévu

En 2025, le marché mondial a progressé de 4,4 %, contre 7,7 % attendus. Mais l'écart vient presque entièrement du live (+0,5 % au lieu de +10,5 %). La musique enregistrée, elle, a dépassé les attentes.

Selon l'IFPI, dont Goldman Sachs reprend les données, les revenus de la musique enregistrée versés aux ayants droit ont atteint 31,7 milliards de dollars, en hausse de 6,4 % à taux de change constant. C'est mieux qu'en 2024 (+4,7 %) et au-dessus de la prévision de la banque. Le streaming par abonnement a gagné 8,8 %, porté par 73 millions de nouveaux abonnés payants. Le physique a progressé de 8,0 %, à 5,4 milliards de dollars, son plus haut niveau depuis 2013.

Pourquoi 31,7 milliards ici, quand le marché total dépasse 100 milliards ? Parce que le rapport utilise deux mesures. La valeur de détail correspond à ce que paient les auditeurs. Les revenus des ayants droit correspondent à ce que touchent labels, éditeurs et artistes. Sur 100 dollars dépensés par les auditeurs, environ 57 reviennent aux ayants droit, et Goldman Sachs s'attend à ce que ce ratio reste stable. Pour un investisseur en droits musicaux, c'est la seconde mesure qui compte.

À horizon 2035, la banque prévoit 56,1 milliards de dollars pour la musique enregistrée, soit +5,9 % par an.

3. L'écoute se joue sur le catalogue

La grande majorité des écoutes porte sur des titres sortis depuis plus de 18 mois, ce que l'industrie appelle le catalogue. Les nouveautés captent l'attention, mais ce sont les chansons installées qui génèrent l'essentiel des revenus, année après année.

Une chanson peut même revivre longtemps après sa sortie. J. Cole a ramené 2014 Forest Hills Drive dans le top 15 du Billboard dix ans après sa parution, grâce à une campagne anniversaire vendue directement à ses fans. Les rééditions vinyles et les coffrets jouent le même rôle : le physique a progressé de 8,0 % en 2025, à son plus haut niveau depuis 2013.

Les reprises aussi. I Don't Wanna Know de Mario Winans (catalogue USA Vol.1), sortie en 2004, a retrouvé un nouveau public près de 20 ans plus tard quand Metro Boomin, The Weeknd, et 21 Savage en ont fait un remake, Creepin'.

4. IA générative : la menace devient une opportunité chiffrée à 3,3 milliards de dollars

À court terme, Goldman Sachs voit dans l'IA générative plus d'opportunités que de menaces pour les ayants droit. Après plus d'un an de procès, ouverts en juin 2024, les premiers accords de licence ont été signés. Universal Music Group a conclu un accord avec Udio en octobre 2025, et Warner Music Group a fait de même avec Udio puis Suno en novembre 2025. Warner devrait toucher environ 10 % des revenus de Suno avec le lancement de sa nouvelle plateforme. En 2026, Spotify a annoncé un module payant de remix et de reprises par IA, sous licence d'Universal, de Kobalt et de Merlin.

Le rapport décrit quatre façons de rémunérer les ayants droit : une part des abonnements aux outils d'IA, des redevances par morceau généré, des partenariats de co-développement et des prises de participation dans les sociétés d'IA.

Dans son scénario central, Goldman Sachs estime que les outils de création musicale par IA pourraient rapporter 3,3 milliards de dollars par an aux ayants droit en 2035, soit environ 10 % des revenus du streaming par abonnement. Le calcul part de 628 millions d'abonnés payants en 2035 en Amérique du Nord, en Europe, en Australasie, au Japon et en Corée du Sud. La banque suppose que 8 % d'entre eux utiliseraient ces outils, pour 11 $ par mois, dont la moitié reversée aux ayants droit. Le scénario prudent donne 0,9 milliard (3 %), le scénario optimiste 6,6 milliards (20 %).

L'usage reste limité. Entre 4 et 7 % des personnes interrogées par MIDiA aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Canada et en Australie utilisent un outil de génération musicale au moins une fois par mois, et Suno revendique deux millions d'abonnés payants (février 2026).

Ces revenus auraient une marge plus faible : l'IA coûte cher en calcul, et les ayants droit toucheraient environ la moitié des revenus de ces offres, contre deux tiers sur le streaming classique. Ils s'ajouteraient néanmoins aux royalties existantes, sans les remplacer.

"Reste à savoir à quel prix l'IA utilisera la musique existante. Les accords signés depuis un an commencent à y répondre, au bénéfice de ceux dont les droits sont clairs et bien documentés." - William Bailey, CEO

5. Face à l'IA, les chansons connues sont les mieux protégées

En juin 2026, Deezer recevait environ 90 000 titres entièrement générés par IA chaque jour, plus de la moitié des nouveautés livrées. Selon la plateforme, jusqu'à 85 % des écoutes de ces titres étaient frauduleuses en 2025. Spotify a retiré plus de 75 millions de titres considérés comme du spam en douze mois, et la Sacem a acquis en janvier 2026 une licence de l'outil de détection de Deezer.

Tous les catalogues ne sont pas exposés de la même façon à cette concurrence. Goldman Sachs les classe ainsi :

  • Les plus exposés : la musique fonctionnelle (sommeil, concentration, lo-fi, ambient), la musique de librairie, les fonds sonores pour commerces, puis les comptines, karaokés et imitations.
  • Au milieu : le classique et le jazz hors grands noms, la pop de notoriété moyenne.
  • Les moins exposés : les genres portés par la scène (country, rock), le catalogue patrimonial des plus grands succès, et en tête les superstars et les artistes portés par une large base de fans.

La logique est simple. Une musique d'ambiance sans artiste identifié se remplace par un titre généré pour presque rien. Une chanson connue, au contraire, sert de référence aux outils d'IA et a davantage de chances d'en tirer des revenus de licence.

Le principal risque reste la dilution : si l'écoute de titres générés par IA augmente, une partie de l'enveloppe part vers eux. Les plateformes de streaming y répondent avec des modèles de répartition centrés sur les artistes, des minimums par abonné, des outils de détection et de la démonétisation.

6. Les marchés émergents apportent deux tiers des nouveaux abonnés

Seuls 10 % des internautes des marchés émergents paient un abonnement musical, contre 42 % dans les pays développés. C'est le plus grand réservoir de croissance du streaming.

Il se remplit déjà. En 2025, l'Asie, l'Amérique latine, l'Afrique et le Moyen-Orient ont apporté près de 67 % des nouveaux abonnés payants dans le monde. Goldman Sachs prévoit jusqu'à 75 % d'ici 2035, avec un nombre d'abonnés qui passerait de 438 à 956 millions. En Chine, la part d'utilisateurs payants de Tencent Music est passée de 4 % en 2018 à 22,9 % en 2025. L'Amérique latine a été la région la plus dynamique de 2025, avec +17,1 % de revenus de musique enregistrée.

Ces abonnés rapportent encore peu, environ 12 $ par an aux ayants droit contre 30 $ dans les pays développés, mais l'écart se réduit. Spotify a augmenté ses prix de 17 % en Inde et de 9 % au Brésil entre 2024 et 2025. Le paiement mobile accélère le mouvement : avec M-Pesa en Afrique de l'Est, UPI en Inde ou Pix au Brésil, on peut s'abonner sans carte bancaire.

La croissance n'est pas linéaire pour autant. En Chine, Goldman Sachs anticipe un net ralentissement des revenus d'abonnement en 2026, face aux offres gratuites et aux reprises générées par IA.

7. Les superfans paient pour leur attachement

Près de la moitié des fans qui achètent directement à un artiste paient plus que le prix minimum demandé. Ce chiffre dit l'essentiel : une partie du public paie aussi pour soutenir l'artiste.

Goldman Sachs consacre un chapitre à cette vente directe aux fans. Boutiques en ligne, abonnements, préventes de billets : ce marché pèse quelques dizaines de millions de dollars aujourd'hui et pourrait atteindre quelques centaines de millions d'ici dix ans. Bandcamp reverse en moyenne 82 % des ventes à l'artiste ou au label, et les premières données montrent que ces ventes s'ajoutent au streaming sans le faire baisser.

Les plateformes suivent. Tencent Music vend une offre premium (SVIP) environ 1,8 fois le prix de l'abonnement standard, avec un son de meilleure qualité et un accès anticipé au merchandising et aux concerts. Et la banque relève de 8 à 11 % ses prévisions pour le physique sur 2026-2028.

C'est encore un étage de revenus modeste. Mais il récompense un actif précis : un catalogue qui a gardé un public fidèle.

8. Synchronisation : une année blanche avant un rebond attendu de 15 %

La synchronisation a reculé de 2,0 % en 2025, alors que Goldman Sachs attendait +6 %. La banque y voit un accident de calendrier plutôt qu'un changement de tendance : aux États-Unis, les effets prolongés des grèves d'acteurs de 2023, et en France, une base de comparaison élevée après les dépenses médias des Jeux de Paris 2024.

Elle attend un rebond de 15 % en 2026, puis +7,5 % par an jusqu'en 2029, et relève ses estimations à partir de 2027. Côté musique enregistrée, la synchronisation passerait de 737 millions de dollars en 2026 à environ un milliard en 2031.

L'édition musicale suit une trajectoire régulière : +5,3 % en 2025, comme prévu, et +4,8 % par an attendus d'ici 2035, avec des estimations relevées pour 2028-2031. Les droits de diffusion publique restent sous pression avec le recul de la radio et de la télévision, mais continueraient de croître (+4,5 % en 2026).

L'IA aide aussi les éditeurs. Elle étiquette un catalogue par ambiance, tempo et genre pour faciliter les placements au cinéma, dans les séries ou la publicité, et repère les usages non déclarés pour réclamer des royalties jamais collectées.

Pour aller plus loin : notre guide des revenus de synchronisation.

9. Live : une année de pause, une demande intacte depuis 35 ans

Aux États-Unis, la dépense en concerts a progressé 31 années sur les 35 dernières, malgré trois récessions. Pendant ces récessions (hors Covid), elle a même augmenté en moyenne de 7,3 % par an, contre 3,2 % pour la consommation des ménages.

C'est ce recul qu'il faut garder pour lire 2025. Le live a quasiment stagné (+0,5 %, contre +10,5 % attendus). Les 100 plus grandes tournées ont vendu autant de billets qu'en 2024, mais à un prix moyen inférieur de 9 %. La banque y voit un déplacement vers des tournées moins chères, et l'effet de base laissé par l'Eras Tour de Taylor Swift. Sur 2019-2025, ces mêmes tournées ont vendu environ 20 % de billets en plus, à un prix moyen supérieur de 37 %.

Goldman Sachs abaisse ses prévisions de 2 à 5 % par an sur 2026-2031 et attend désormais +6 % par an jusqu'en 2030. Le secteur pourrait aussi devenir plus sensible à la conjoncture, car les artistes fixent leurs prix au plus près de la demande.

Pour les détenteurs de droits, l'enjeu est ailleurs : le live se rapproche de l'écoute. Avec Live Nation, Spotify réserve des billets aux abonnés Premium qui écoutent le plus un artiste, et Apple Music affiche depuis mars 2026 les concerts à venir de chaque artiste.

10. Ce que le rapport change pour un investisseur en droits musicaux

Un investisseur en droits musicaux ne détient ni une plateforme, ni un label coté. Son rendement dépend des revenus que génèrent des chansons. Il regarde donc deux choses : la taille de l'enveloppe redistribuée, et la part qui revient aux ayants droit.

Sur ces deux points, le rapport va dans le bon sens. L'enveloppe grandit avec les hausses de prix et la conversion des marchés émergents. Le partage entre plateformes et ayants droit reste stable, autour de 57 % de la valeur de détail. Et les minimums par abonné protègent les ayants droit quand une plateforme fait des remises.

Le rapport donne aussi des critères pour lire un catalogue :

  • Notoriété des œuvres : les grands succès et les catalogues patrimoniaux sont les moins exposés à la concurrence de l'IA, et les mieux placés pour en tirer des revenus de licence.
  • Genre : la musique fonctionnelle et la musique de librairie sont les plus exposées.
  • Géographie : les marchés émergents apportent la plupart des nouveaux abonnés, mais la collecte des droits y varie selon les pays.
  • Sources de revenus : Goldman Sachs relève ses prévisions pour le streaming par abonnement, le physique et la synchronisation, et les abaisse pour le streaming financé par la publicité et la diffusion publique.
  • Qualité des données : historique des revenus, métadonnées, périmètre des droits (enregistrement, édition, territoires).

Il faut aussi garder en tête ce qui pourrait ralentir cette trajectoire : la dilution de l'enveloppe si l'écoute de titres générés par IA progresse, une part plus faible reversée sur les offres d'IA, un revenu par abonné tiré vers le bas par les offres famille et groupées, la sensibilité des abonnés au prix autour de 20 $ par mois, et la pression sur les revenus de radio et de télévision.

Les acheteurs professionnels ont déjà fait leur choix : les plus grandes transactions de l'histoire, que nous avons recensées ici, portent sur les catalogues les plus connus. Pour chaque actif, Bolero met à disposition un catalogue documenté et l'historique de ses revenus, pour que chacun puisse appliquer ces critères. Les parts peuvent être proposées à la revente sur le marché secondaire, sans garantie de liquidité.

"Le rapport décrit une industrie qui apprend à mieux faire payer la musique. Ceux qui en profiteront le plus détiennent les chansons que le public ne veut pas remplacer." - William Bailey, CEO

Sources

Rapport : Goldman Sachs Global Investment Research, Music in the Air. 10 Years on: Recomposing the narrative around AI, pricing, and opportunities in ad-supported and D2C (15 octobre 2026).

Auteurs : Stephen Laszczyk, Eric Sheridan, Lincoln Kong, CFA, Eric Cha, Minami Munakata, Adam Berlin, James Tate, Alex Vegliante, CFA, Antares Tobelem, Danni Kennedy, Luqing Zhou, Haruki Kubota.

Données citées dans le rapport : IFPI Global Music Report 2026 (données interprétées par Goldman Sachs, non revues par l'IFPI), Pollstar, MIDiA Research, Luminate, Deezer, US Bureau of Economic Analysis.

Investir dans des obligations adossées à des droits musicaux comporte des risques, notamment un risque de perte en capital et un risque de liquidité. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Ce contenu est fourni à titre d'information et n'est pas un conseil en investissement.

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